“Enfant, j’étais captivée par l’imaginaire fantasmagorique qui débordait de l’album de famille de mes parents. J’aimais beaucoup m’y plonger en mes heures perdues, surtout à l’heure de leur sieste. Je me racontais alors un tas d’histoires romancées, inspirées des films égyptiens diffusés alors à la télé libanaise. Plus tard, j’avais quitté le Liban en emportant une seule photo dans ma valise : celle de mon petit copain en maillot de bain, me souriant sur la plage. Mes photos de famille, le besoin de les (a) voir ici chez moi en France, est arrivé bien plus tard. Je ne pourrai pas dire quand exactement. Mais depuis quelques années, je remarquais que ma mère me les concédait de plus en plus volontiers à chaque passage au Liban. Alors je me suis demandé si l’âge avançant, ma mère ne cherchait pas à me léguer via ces photos, une mémoire de famille faite justement pour être transmise et enrichie d’ascendant en descendant. Et si, comme dans une passation de bijoux de famille, elle ne me chargeait pas inconsciemment de les confier un jour à mon tour à mes nièces et neveux, faute d’avoir moi-même d’enfants.” R.S.
“À partir d’un certain nombre d’années après la mort, le visage ne change plus. La netteté des traits, le feu des pupilles, le brillant du regard demeurent. Le temps est vaincu. L’être cher est là, devant nous, en photo, et le sera à tout jamais. Nimbé d’une aura éternelle. L’usure n’a plus de prise sur lui. Son portrait n’est plus seulement un portrait : il est l’être disparu lui-même. Inaccessible au temps désormais. Intouché. Intouchable. Vivant. Et ainsi dans les siècles des siècles.
De toutes et tous que reste-t-il à la fin ? Quelques photos. Un portrait que l’on se transmet, que l’on ressort de loin en loin pour montrer aux petits-enfants et aux arrière-petits-enfants qui était Oncle Pierre, qui était Mamie d’Oran.” S.P.
Rima Samman
Artiste, Cinéaste, Vidéaste

Rima Samman est une artiste pluridisciplinaire, une cinéaste éclectique, une actrice et productrice franco-libanaise.
Sa série L‘amour se porte autour du cou a été exposée à Paris Photo, Unseen, Menart, etc. Dans des festivals et des foires de photographie et d’art contemporain en France et à l’étranger.
En 2024, elle termine son long métrage hybride Dans le cœur une hirondelle projeté dans une quinzaine de festivals en France et à l’étranger, et primé à deux reprises.
Sa série Le bonheur tue est également exposée en France et à l’étranger.
Une exposition monographique aura lieu au Centre Culturel Saint-Cyprien (Toulouse) de mars au juin 2025.
Actuellement, elle travaille sur une nouvelle série de photos L’humeur est humaine, et sur son prochain long métrage Pas de tristesse.
Ses photographies figurent dans les fonds de la Bibliothèque Nationale de France (site Richelieu), dans la collection du musée méditerranéen de la fondation Orestiadi en Sicile, et dans de multiples collections privées en France, en Belgique et aux États-Unis.
Sylvain Prudhomme
Auteur, Ecrivain

Sylvain Prudhomme a passé son enfance dans différents pays d’Afrique (Cameroun, Burundi, Niger, île Maurice) avant de venir étudier les Lettres à Paris, puis de diriger de 2010 à 2012 l’Alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, au Sénégal. Il est agrégé de lettres modernes.
Il est allé recueillir des contes dans le nord du Bénin qu’il a publiés sous le titre Contes du pays tammari, (Karthala, 2003). Il est également l’auteur de Les Matinées d’Hercule (Serpent à Plumes, 2007), monologue romanesque sur le thème de l’homme qui dort et du voyage immobile et de Tanganyika Project (Léo Scheer, 2010).
Sylvain Prudhomme est le lauréat 2019 du prix Femina et du prix Landerneau des lecteurs pour son roman Par les routes.